La pose de cette plaque commémorative est particulièrement symbolique, car elle permet de replacer cette nouvelle gendarmerie dans son contexte historique, en rappelant qu’il y a 140 ans, les gendarmes en poste à Woerth eurent à faire face à un conflit particulièrement lourd de conséquences. C’est pour cette raison que j’ai souhaité offrir cette plaque à la brigade installée ici depuis peu.

Il n’est pas vain d’honorer la mémoire de ceux qui se sont battus ici. Un article récent dans les DNA locales évoquait 1870 comme une guerre « oubliée » (article du 13 avril 2010 sur le Musée de Woerth). Certes, elle est moins étudiée et commémorée que les deux conflits mondiaux qui ont suivis, mais cet évènement n’en est pas moins d’une importance fondamentale pour comprendre l’Europe du XXème.

Les faits sont bien sûr moins connus que la capitulation de la garnison de Metz, le siège de la citadelle de Bitche ou le siège de Paris. Cependant, les évènements de Wissembourg, de Woerth-Froeschwiller, ou du siège de Strasbourg sont d’une importance historique fondamentale. C’est en perçant ici que les troupes allemandes se sont ouvertes les voies de la France, précipitant la chute du Second Empire, construisant l’unification de l’Allemagne, rattachant l’Alsace et une partie de la Lorraine au Reich, et enfin, apportant de la matière au terreau d’où naîtra la première guerre mondiale.

Cette guerre a marqué notre paysage, il faut espérer qu’elle continue à marquer nos esprits. Les 30 000 soldats victimes du conflit dans le département avaient majoritairement entre 20 et 25 ans. Qu’est que ces jeunes peuvent transmettre à la jeunesse d’aujourd’hui ? Quel est le message qui transpire de ces nombreuses tombes ?

Ce message, c’est bien sûr un message de paix. Au-delà de la défaite ou de la victoire d’un camp, nous pouvons considérer qu’ici se sont joués les premiers actes de la construction européenne.

Le symbole évident est celui de l’église de Froeschwiller, cadeau d’un peuple à un autre peuple pour l’aider à surmonter les désastres d’un conflit.

Le gendarme Frey s’inscrit également dans cette lignée de symboles de paix. Son petit fils, Alfred Kastler, n’était pas qu’un célèbre savant. Il était aussi un humaniste, profondément pacifiste, et hostile aux armes nucléaires bien que travaillant sur l’atome. Poète et fidèle à ses origines alsaciennes, il a écrit un recueil de poésies en allemand intitulé : « Europe ma patrie – Deutsche Lieder eines französischen Europäers ». La boucle est bouclée…

Conscient de ces enjeux par rapport à une histoire particulière, les collectivités locales sont interpellées par rapport à l’important patrimoine visible, qui parfois commence à se détériorer. Ce patrimoine a été recensé, nous avons une connaissance précise des moyens à mettre en œuvre pour assurer leur restauration. Nous devons maintenant passer à une autre phase : la construction d’un projet pédagogique et touristique global dans le but de mettre en perspective les évènements de 1870 par rapport au contexte de la genèse de l’Europe. Ce travail sera mené prochainement avec l’ensemble des acteurs concernés, sous l’impulsion du Conseil Général.

Fort de cet héritage, je suis sûr que nos gendarmes d’aujourd’hui sauront faire preuve d’autant de sang-froid et de courage que leurs illustres prédécesseurs, au service de nos concitoyens, et dans un esprit de coopération avec nos partenaires allemands, dont la présence lors de cette cérémonie était particulièrement symbolique.